Archives pour la catégorie Revues

L’obscurantisme est de retour…

            On a souvent fait d’André Malraux le prophète d’un retour de Dieu au XXIème siècle. Pourtant, celui-ci s’en était défendu dans l’hebdomadaire Le Point du 10 novembre 1975 : « On m’a fait dire que le XXIème siècle sera religieux. Je n’ai jamais dit cela, car je n’en sais rien. Ce que je dis est plus incertain. Je n’exclus pas la possibilité d’un événement spirituel à l’échelle planétaire ». En fait de spiritualisme, nous sommes plutôt confrontés de toutes parts à une montée de l’obscurantisme par le biais de la religion, mais aussi du nationalisme, sur fond d’une démission générale vis-à-vis de l’exigence rationaliste.

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Être en dette

    Quel sens accorder à notre être en dette ? En France, la dette publique s’élève désormais à près de 2 000 milliards d’euros. Depuis la crise de 2008, elle a augmenté de presque trente points et s’établit aujourd’hui à 95 % du PIB. Cette dette publique correspond à une charge de près de 75 000 euros par personne ayant un emploi. Dans le budget de l’État – en déficit –, la charge de remboursement des intérêts apparaît comme le premier poste de dépenses, devant l’Éducation nationale. Ainsi, la France semble bien prise au piège de la dette, au point de nourrir les discours les plus « déclinistes »… Mais la dette se réduit-elle à un problème strictement économique ? Sa gestion ne relève-t-elle pas elle-même d’un déficit profond de sens ? S’endetter n’a-t-il pas toujours été nécessaire pour se projeter aussi dans l’avenir ? Continuer la lecture de Être en dette 

Enjeux éthiques et politiques de l’évaluation de la recherche

« Aujourd’hui, je n’obtiendrais pas un poste universitaire. C’est simple : je ne pense pas que je serais considéré comme assez productif » : en faisant cette déclaration dans une interview au Guardian – le 6 décembre dernier – le prix Nobel de physique 2013, Peter Higgs, manifestait son scepticisme vis-à-vis des prétentions actuelles de l’évaluation de la recherche. Il faut dire qu’il lui avait fallu un quart de siècle pour faire admettre son hypothèse prédictive sur l’existence dans certaines circonstances d’une particule de masse nulle : le fameux boson baptisé aujourd’hui « de Higgs ». Continuer la lecture de Enjeux éthiques et politiques de l’évaluation de la recherche 

L’impouvoir politique

Sur les scènes internationale et nationale, nous sommes saisis par la confrontation de la politique à l’impuissance. Que ce soit à propos de l’Égypte ou de la Syrie, les États-Unis sont apparus d’une faiblesse inattendue. Quant au rôle politique de l’Union européenne, il brille par son absence. Concernant la politique intérieure, la gestion politique de la crise économique tend à se réduire à la déclinaison des normes fixées par la Commission européenne, avec quelques ajustements à la marge. En France, Marseille est devenue le miroir grossissant de l’impuissance des pouvoirs publics, tant pour le problème du chômage que pour ceux de l’exclusion et de l’insécurité. À l’inverse, la montée en puissance d’autres types de suprématies accentue cette crise du politique.  Continuer la lecture de L’impouvoir politique 

Le sens des transformations sociétales

Le 23 avril 2013, l’Assemblée nationale a voté la loi autorisant « le mariage pour tous » : la France est ainsi devenue le 14ème pays au monde à ouvrir le mariage aux couples homosexuels et le 8ème en Europe. Mais c’est aussi en France que l’opposition à la reconnaissance de ce droit a mobilisé de manière disproportionnée et ahurissante les forces les plus virulemment conservatrices, comme si les transformations sociétales ne pouvaient encore être prises en compte dans ce pays. L’ironie de cette histoire est qu’elle révélait la confusion entretenue par les opposants entre tradition et institution, au point de mélanger religion et institutionnalisation civile du mariage. C’est pourtant celle-ci qui, par sa forme contractuelle désacralisée, permet d’unir sans préjugés deux personnes devant la loi, de s’en libérer s’il le faut par le divorce, et interdit la polygamie promue, en revanche, par certaines religions.  Continuer la lecture de Le sens des transformations sociétales 

La massification de la culture

En 2004, Lille devenait capitale européenne de la culture. Deux ans plus tard, la première édition thématique de Lille 3000 – Bombaysers de Lille – a constitué un nouveau moment festif, relayé par Europe XXL en 2009. Le 6 octobre dernier, la fête inaugurale de Fantastic a réuni des milliers de personnes dans les rues pour saluer les prouesses de  « plasticiens volants ». Des expositions très pointues et exigeantes – comme au Tri Postal – ont permis d’accéder aux œuvres « de grands noms et de jeunes révélations de la création contemporaine ». Presqu’au même moment, le 4 décembre dernier à Lens, le Louvre II ouvrait ses portes. Devant cet afflux d’offre, le risque est alors d’entretenir la confusion des genres : entre culture d’avant-garde et culture patrimoniale, entre fête – foraine avec « train fantôme » ou « grande parade » populaire – et culture. Mais, plus globalement, il s’agit de ne pas confondre ici démocratisation et massification. Continuer la lecture de La massification de la culture 

Repenser la notion de civilisation : un enjeu scientifique et politique

Article de Charles Capet à propos de mon livre Qu’est-ce qu’une civilisation ?  :

Dans Qu’est-ce qu’une civilisation ?, Alain Cambier entreprend un parcours en quatre chapitres des entrelacs historiques et conceptuels qui ont forgé la notion de civilisation. L’auteur interroge les conditions de l’être civilisé, les relations entre civilisation et progrès, la question de la pluralité des civilisations, pour conclure sur l’idée que la civilisation repose sur une « culture syncrétique » dans laquelle l’acculturation n’est pas le résultat de la coutume entendue comme imprégnation passive dans le sujet de règles écrites et d’usages non écrits, mais plutôt le fruit d’un procès réflexif et créatif qui prend la forme d’un principium individuationis causant autant la personnalité de l’homme civilisé que, de proche en proche, celle de la civilisation de laquelle celui-ci participe en même temps qu’il la vivifie.  Continuer la lecture de Repenser la notion de civilisation : un enjeu scientifique et politique 

Justice sociale et liberté

Invoquer la justice sociale peut aujourd’hui paraître incongru. Lors de la dernière période électorale, certains n’ont pas hésité à stigmatiser l’assistanat, sous prétexte de s’attaquer aux tabous de la société française, tout en justifiant, dans le même temps, les effets d’aubaine socio-économiques les plus aberrants : rémunérations pharaoniques des patrons du Cac 40, exonération totale des droits de succession, défiscalisation des heures supplémentaires, etc. Exprimer le souci de l’équité tend à être considéré au mieux comme passéiste. Au pire, la revendication de justice sociale est accusée de remettre en cause les libertés et de nous engager sur la voie du totalitarisme.  Continuer la lecture de Justice sociale et liberté 

Les sommets de la vanité politique

En France, l’année 2012 a commencé comme l’année 2011 s’est terminée : par une multiplication de « sommets de crise ». La présidence du G20 – que d’aucuns écrivent volontiers « G Vain » – a été marquée par un sommet de Cannes où l’exercice de communication l’a largement emporté sur l’efficacité politique. De même, la crise de la « zone euro » donne lieu à une succession de « sommets de la dernière chance » toujours décevants. Enfin, l’aggravation du chômage en France a été l’occasion d’organiser un « sommet social » de mascarade. Le spectacle des rencontres « au sommet » a été érigé comme programme politique et le décalage se révèle de plus en plus grand entre les mises en scène et les résultats qui en ressortent. À chaque fois, la montagne semble accoucher d’une souris…  Continuer la lecture de Les sommets de la vanité politique 

La reconnaissance ou le mépris

À la fin de l’année 2010, Stéphane Hessel publiait un petit ouvrage intitulé « Indignez-vous ! » qui, depuis, a connu un succès mondial. Ainsi, il est sorti aux États-Unis et y contribue, comme partout, à rechercher une voie politique de salut public. En s’appuyant sur sa propre expérience au sein du Conseil National de la Résistance, Hessel ne se doutait certainement pas qu’il bénéficierait d’un tel écho. La raison majeure du succès de son livre est qu’il pointe les ressorts même de toute l’histoire humaine, passée et future.  Continuer la lecture de La reconnaissance ou le mépris