Repenser la métaphysique : renouveau théorique et apport pragmatique

Dans son ouvrage Qu’est-ce que la métaphysique ? , Alain Cambier réinvestit une notion souvent déconsidérée, aussi bien par le positivisme scientiste que par les partisans du relativisme. Toutefois, parce que l’homme demeure spécifiquement un être en quête de sens, la métaphysique s’avère indispensable autant à la théorie qu’à l’action, puisqu’en assurant le « dépli ontologique du sens » elle vise à fonder notre univers de significations et contribue à éclairer la conduite humaine.

Par Charles CAPET, Professeur de philosophie.

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Où est le peuple ?

Après le Brexit, l’élection de Donald Trump, la démission de Mateo Renzi, la montée des extrémismes nationalistes, la période historique dans laquelle nous vivons est volontiers présentée comme « la revanche des peuples ». Pourtant, il s’agit plutôt du triomphe de la démagogie « populiste » 1, de la flatterie des impulsions les plus inavouables et des préjugés les plus étroits. Il n’y a peut-être pas de notion plus confuse et plus galvaudée que celle de « peuple ». À tel point que l’on peut se demander si cette notion renvoie à une quelconque réalité référentielle.

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Au nom de la sécurité

Face à la montée des menaces terroristes, l’exigence de sécurité est devenue aujourd’hui obsessive. Or, la peur est ambivalente : elle peut être le commencement de la sagesse, mais aussi mauvaise conseillère, surtout quand elle tourne à la paranoïa. Nos sociétés contemporaines offrent incontestablement des conditions de sécurité et de sûreté bien supérieures à celles qui caractérisaient les sociétés antérieures. Pourtant, un éthos défensif de plus en plus exigeant s’exprime au cœur même des démocraties. L’obsession de la sécurité fait courir elle-même de graves menaces, surtout lorsqu’elle est instrumentalisée par les pouvoirs politiques.

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Réfugiés sans refuge

Un mot a pris une telle place dans l’actualité qu’en lui-même il fait déjà figure d’invasion : « Migrants ». Un mot faussement neutre constitué d’un participe présent, comme s’il s’agissait d’un phénomène impersonnel cyclique : déplacement cinématique d’une multitude sur une carte ou flux indéterminé qui pourrait s’appliquer aussi bien aux animaux qu’aux humains. Mais surtout un mot qui nomme mal. Or, « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur de ce monde ». Dans un article consacré aux réfugiés, Olivier Rey  avait opposé la figure des « migrants » à celle des « manants » : « Que la détresse des migrants ne serve pas à faire honte aux manants de leur propre désarroi ». Il n’en reste pas moins que l’errance des migrants a été le révélateur de nos propres erreurs. Continuer la lecture de Réfugiés sans refuge 

Démocratie et raison d’Etat

La question de la compatibilité de la raison d’État avec la démocratie a souvent été posée et Charles Pasqua avait même soutenu que « la démocratie s’arrête là où commence la raison d’État ». On pourrait croire qu’avec l’affaiblissement du rôle joué par les institutions politiques le recours à la raison d’État puisse apparaître désormais obsolète. Mais, le repli apparent des États sur leurs fonctions régaliennes tend à faire revenir au premier plan cette question. Bien plus, le contexte de crise géopolitique et économique, auquel s’ajoutent les attaques terroristes, contribue à justifier de nouveau son invocation. Cependant, même lorsqu’elle se réclame des meilleures intentions, il serait naïf de penser que la raison d’État ne peut constituer un risque pour la démocratie.

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La collusion des négationnistes

En 1978, Robert Faurrisson était apparu comme le théoricien du négationnisme, en prétendant que les chambres à gaz n’avaient pas existé. Or, depuis le développement d’internet, nous assistons à une véritable invasion de thèses négationnistes, au point de transformer les réseaux sociaux en « poubelle de l’information ». Lors des attentats terroristes commis contre Charlie hebdo, ces esprits pernicieux ont redoublé d’ardeur, allant jusqu’à nier les crimes commis, pour n’y voir, par exemple, qu’une manipulation de services secrets ! Autant d’aveuglement peut susciter le mépris, mais cette propagande est si délétère qu’il faut en démonter les mécanismes et en mettre au jour les ressorts. Continuer la lecture de La collusion des négationnistes 

Le principe démocratie à l’épreuve

Lors d’un récent débat entre Alain Badiou et Marcel Gauchet , la question de la démocratie s’est imposée de manière incontournable. Les deux protagonistes se sont trouvés d’accord pour constater la crise aiguë qu’elle traverse aujourd’hui. Faut-il donc désespérer de la démocratie et la considérer comme une mystification politique spécifiquement entretenue par le capitalisme ou, au contraire, la tenir pour le requisit fondamental de l’action politique? Face à l’épreuve du terrorisme, le 11 janvier 2015 est apparu comme un ressourcement. Il a permis de redécouvrir le principe même qui sous-tend toute démocratie : la puissance d’un peuple se manifestant à lui-même, au nom de valeurs universelles. Continuer la lecture de Le principe démocratie à l’épreuve 

L’obscurantisme est de retour…

            On a souvent fait d’André Malraux le prophète d’un retour de Dieu au XXIème siècle. Pourtant, celui-ci s’en était défendu dans l’hebdomadaire Le Point du 10 novembre 1975 : « On m’a fait dire que le XXIème siècle sera religieux. Je n’ai jamais dit cela, car je n’en sais rien. Ce que je dis est plus incertain. Je n’exclus pas la possibilité d’un événement spirituel à l’échelle planétaire ». En fait de spiritualisme, nous sommes plutôt confrontés de toutes parts à une montée de l’obscurantisme par le biais de la religion, mais aussi du nationalisme, sur fond d’une démission générale vis-à-vis de l’exigence rationaliste.

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Être en dette

    Quel sens accorder à notre être en dette ? En France, la dette publique s’élève désormais à près de 2 000 milliards d’euros. Depuis la crise de 2008, elle a augmenté de presque trente points et s’établit aujourd’hui à 95 % du PIB. Cette dette publique correspond à une charge de près de 75 000 euros par personne ayant un emploi. Dans le budget de l’État – en déficit –, la charge de remboursement des intérêts apparaît comme le premier poste de dépenses, devant l’Éducation nationale. Ainsi, la France semble bien prise au piège de la dette, au point de nourrir les discours les plus « déclinistes »… Mais la dette se réduit-elle à un problème strictement économique ? Sa gestion ne relève-t-elle pas elle-même d’un déficit profond de sens ? S’endetter n’a-t-il pas toujours été nécessaire pour se projeter aussi dans l’avenir ? Continuer la lecture de Être en dette