« Cancel culture » ou barbarie ?

Sur les réseaux sociaux, tous les paradoxes semblent aujourd’hui permis. Ainsi, ceux qui y revendiquent avec véhémence la plus grande liberté d’expression sont souvent les mêmes qui, se découvrant une vocation justicière intraitable, jettent l’opprobre sur un individu et le clouent au pilori du tribunal médiatique. La « cancel culture » qui sévit maintenant aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe est devenue la nouvelle figure de l’intolérance. Outre Atlantique, en juin 2020, un collectif de plus de cent cinquante intellectuels s’était déjà élevé contre les dérives de ce nouveau type de lynchage. Mais il ne s’agit pas simplement d’une nouvelle forme de censure : parler ici de culture est une imposture, puisqu’une telle attitude tourne le dos à toutes les valeurs associées à cette notion prise aussi bien dans son acception universaliste comme accès aux Lumières de la raison que dans son sens particulariste renvoyant à un partage de mœurs et de formes symboliques permettant de vivre ensemble.

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Fragile démocratie

Comment comprendre qu’un président américain sortant ait pu dénier les résultats légaux d’une élection présidentielle, au point de susciter un assaut insurrectionnel sur le Capitole, lieu le plus emblématique de la démocratie américaine? Expliquer les tenants et aboutissants d’un tel événement n’est pas seulement un enjeu pour les américains, mais également pour tous ceux qui, attachés à la démocratie, sont aussi conscients de sa vulnérabilité. Car, de ce côté-ci de l’Atlantique, la démocratie est aussi menacée par le conspirationnisme de la «mob rule», au point que, sous prétexte de remédier à ses imperfections, celui-ci n’hésite pas à remettre en question ses institutions.

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Infodémie sur pandémie

Toute crise est propice aux extrapolations fantaisistes, a fortiori une crise sanitaire: ainsi, une pandémie peut affecter non seulement les corps, mais aussi les esprits. Le confinement a «acutisé» la propagation des théories les plus délirantes sur les réseaux sociaux qui sont devenus plus que jamais le refuge d’un monde parallèle uni par une défiance maladive. Lutter contre ce mal que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a appelé «infodémie» -c’est-à-dire la propagation de croyances trompeuses -peut s’avérer cependant aussi difficile que le combat contre un nouveau virus. Cette prolifération d’infox à laquelle nous avons assisté participe surtout d’un déni de réalité qui a pris de multiples formes.

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Le complotisme est un mal endémique en temps de pandémie

Publié le 19 avril 2020 dans Le Monde

A l’ère de la post-vérité, il n’est pas étonnant de voir fleurir le conspirationnisme, mais quand s’ajoute à ce contexte une crise sanitaire majeure, les thèses complotistes resurgissent avec encore plus de virulence. Le complotisme est un mal endémique en temps de pandémie.

Le confinement favorise l’expression des théories les plus délirantes sur les réseaux sociaux qui deviennent le refuge d’un monde parallèle uni par une défiance maladive. Ainsi, une pandémie atteint non seulement les corps, mais aussi les esprits, en les rendant alors incapables de discriminer le vrai et le faux. Lutter contre ce mal que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a appelé « infodémie » peut s’avérer cependant aussi difficile que le combat contre un virus inconnu.

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La parole est-elle totalement libre dans l’espace public ?

Est-il légitime de s’exprimer sans retenue dans l’espace public ? Sous prétexte de liberté d’expression, peut-on justifier l’injure publique et les propos diffamatoires dans les réseaux sociaux ou dans certains médias complaisants ? Dans son dernier ouvrage, Olivier Beaud met en garde : «Aucune liberté n’est absolue; toute liberté rencontre des limites, y compris la liberté d’expression». Car souvent, à travers les personnes visées par la violence verbale, ce sont les institutions républicaines elles-mêmes qui se trouvent menacées, au nom d’une conception populiste de la démocratie. Mais inversement, vouloir fixer des limites ne revient-il pas à instaurer un délit d’opinion? La République peut-elle se défendre sans trahir ses principes?

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L’ère de la défiance généralisée

Fakes news et bullshitting témoignent que le temps de l’exigence de vérité semble désormais révolu, au point que la discrimination entre le vrai et le faux serait devenue superflue. Ce renoncement sape non seulement notre confiance dans le progrès des connaissances, mais porte atteinte également aux critères qui nous permettent de nous orienter dans l’existence en tant qu’homme et citoyen. Mais les régressions irrationnelles induites par les partisans de la post-vérité sont le symptôme d’un malaise profond : nous sommes entrés dans l’ère de la défiance généralisée. Personne ne veut plus faire confiance à personne, ni même en la reconnaissance d’une réalité objective. Cette méfiance systématique fait désormais les beaux jours d’un relativisme et d’un scepticisme nihilistes.

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Les mirages de la démocratie directe

Dans son dernier ouvrage , François Dubet souligne que les exaspérations individuelles qui ne trouvent pas d’expression politique nourrissent les mouvements populistes. La révolte des « gilets jaunes » a confirmé ce sentiment déprimant qu’éprouvent de nombreux citoyens d’être méprisés et relégués… Quand la représentation politique ne joue plus son rôle, les « passions tristes » se transforment en cris de colère jusqu’à s’exprimer dans la violence. Mais la crise de la représentation à laquelle nous assistons aujourd’hui justifie-t-elle de renoncer à tout principe de représentation ?

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