La massification de la culture

En 2004, Lille devenait capitale européenne de la culture. Deux ans plus tard, la première édition thématique de Lille 3000 – Bombaysers de Lille – a constitué un nouveau moment festif, relayé par Europe XXL en 2009. Le 6 octobre dernier, la fête inaugurale de Fantastic a réuni des milliers de personnes dans les rues pour saluer les prouesses de  « plasticiens volants ». Des expositions très pointues et exigeantes – comme au Tri Postal – ont permis d’accéder aux œuvres « de grands noms et de jeunes révélations de la création contemporaine ». Presqu’au même moment, le 4 décembre dernier à Lens, le Louvre II ouvrait ses portes. Devant cet afflux d’offre, le risque est alors d’entretenir la confusion des genres : entre culture d’avant-garde et culture patrimoniale, entre fête – foraine avec « train fantôme » ou « grande parade » populaire – et culture. Mais, plus globalement, il s’agit de ne pas confondre ici démocratisation et massification. Continuer la lecture de La massification de la culture

Repenser la notion de civilisation : un enjeu scientifique et politique

Article de Charles Capet à propos de mon livre Qu’est-ce qu’une civilisation ?  :

Dans Qu’est-ce qu’une civilisation ?, Alain Cambier entreprend un parcours en quatre chapitres des entrelacs historiques et conceptuels qui ont forgé la notion de civilisation. L’auteur interroge les conditions de l’être civilisé, les relations entre civilisation et progrès, la question de la pluralité des civilisations, pour conclure sur l’idée que la civilisation repose sur une « culture syncrétique » dans laquelle l’acculturation n’est pas le résultat de la coutume entendue comme imprégnation passive dans le sujet de règles écrites et d’usages non écrits, mais plutôt le fruit d’un procès réflexif et créatif qui prend la forme d’un principium individuationis causant autant la personnalité de l’homme civilisé que, de proche en proche, celle de la civilisation de laquelle celui-ci participe en même temps qu’il la vivifie.  Continuer la lecture de Repenser la notion de civilisation : un enjeu scientifique et politique

Justice sociale et liberté

Invoquer la justice sociale peut aujourd’hui paraître incongru. Lors de la dernière période électorale, certains n’ont pas hésité à stigmatiser l’assistanat, sous prétexte de s’attaquer aux tabous de la société française, tout en justifiant, dans le même temps, les effets d’aubaine socio-économiques les plus aberrants : rémunérations pharaoniques des patrons du Cac 40, exonération totale des droits de succession, défiscalisation des heures supplémentaires, etc. Exprimer le souci de l’équité tend à être considéré au mieux comme passéiste. Au pire, la revendication de justice sociale est accusée de remettre en cause les libertés et de nous engager sur la voie du totalitarisme.  Continuer la lecture de Justice sociale et liberté

Les sommets de la vanité politique

En France, l’année 2012 a commencé comme l’année 2011 s’est terminée : par une multiplication de « sommets de crise ». La présidence du G20 – que d’aucuns écrivent volontiers « G Vain » – a été marquée par un sommet de Cannes où l’exercice de communication l’a largement emporté sur l’efficacité politique. De même, la crise de la « zone euro » donne lieu à une succession de « sommets de la dernière chance » toujours décevants. Enfin, l’aggravation du chômage en France a été l’occasion d’organiser un « sommet social » de mascarade. Le spectacle des rencontres « au sommet » a été érigé comme programme politique et le décalage se révèle de plus en plus grand entre les mises en scène et les résultats qui en ressortent. À chaque fois, la montagne semble accoucher d’une souris…  Continuer la lecture de Les sommets de la vanité politique

La reconnaissance ou le mépris

À la fin de l’année 2010, Stéphane Hessel publiait un petit ouvrage intitulé « Indignez-vous ! » qui, depuis, a connu un succès mondial. Ainsi, il est sorti aux États-Unis et y contribue, comme partout, à rechercher une voie politique de salut public. En s’appuyant sur sa propre expérience au sein du Conseil National de la Résistance, Hessel ne se doutait certainement pas qu’il bénéficierait d’un tel écho. La raison majeure du succès de son livre est qu’il pointe les ressorts même de toute l’histoire humaine, passée et future.  Continuer la lecture de La reconnaissance ou le mépris

Néolibéralisme et constructivisme

La réflexion critique sur ce qui s’est passé depuis environ 30 ans – depuis Thatcher et Reagan – est loin d’être arrivée à maturité, mais elle s’avère absolument nécessaire tant le syndrome TINA semble avoir neutralisé l’action politique. Le libéralisme est déjà en lui-même une idéologie si ambiguë que parler de néolibéralisme semble ajouter à la confusion. Une question fondamentale est pourtant de savoir si ce dernier n’est qu’une simple radicalisation du libéralisme classique.  Continuer la lecture de Néolibéralisme et constructivisme

Abus de la loi

Dans son dernier rapport annuel sur l’application des lois, le Sénat a souligné que, sur les cinquante-neuf lois promulguées au cours de la session 2009 du Parlement, seules trois avaient reçu l’intégralité de leurs textes d’application. Pour les dix-huit lois qui ont été votées avant le 31 mars 2010, et nécessitant un suivi réglementaire, à peine sept ont été intégralement mises en application. Nous assistons à une progression exponentielle du nombre de lois, mais celles-ci deviennent de plus en plus difficilement applicables : le problème n’est pas seulement celui du manque de temps qui force le travail législatif à s’effectuer dans l’urgence. Confrontés aux situations concrètes et soumis à l’exigence de cohérence du droit, les décrets d’application peuvent difficilement être pris. Ainsi, le recours à une loi nouvelle – souvent annoncée pompeusement – s’avère condamné à rester lettre morte. À trop vouloir légiférer, l’esprit même des lois est trahi.  Continuer la lecture de Abus de la loi

Les « cœurs intelligents »

Juillet-août 2010 resteront dans nos annales comme un « été meurtrier » pour les valeurs de la République mises à mal par les dérives sécuritaires d’un pouvoir politique qui, sous prétexte de capter l’électorat du Front National, n’a pas hésité à mettre en pratique son idéologie. Les plus hauts représentants de l’État ont tenu des discours et des actes qui, non seulement, banalisaient, amplifiaient, mais aussi officialisaient les aveuglements extrémistes, au risque d’activer de plus belle les pulsions racistes en France et d’encourager certains pays d’Europe dans leurs replis nationalistes. Le comble est que, pour se justifier, cette politique a été menée en s’en prenant aux « coeurs intelligents » au nom du prétendu irréalisme de la bien-pensance et des bons sentiments…  Continuer la lecture de Les « cœurs intelligents »

Repenser Montesquieu

Critique de mon livre Montesquieu et la liberté par Charles Capet :

Dans Montesquieu et la liberté, Alain Cambier propose une lecture novatrice et audacieuse de De l’Esprit des lois, où est posée la question de la forme légitime de la pratique du pouvoir politique pour garantir à chacun l’exercice réel de sa liberté. En effet, la liberté apparaît comme la clef de voûte de l’État moderne et son analyse comme principe fondamental de légitimité devient « le véritable tenseur tectonique qui commande la mise au jour d’enjeux originaux ».  Continuer la lecture de Repenser Montesquieu

Montesquieu et la liberte

Article de Francine Markovits à propos de mon livre Montesquieu et la liberté :

L’ouvrage s’ouvre sur l’énoncé d’un paradoxe ou d’une alternative: ‘‘Montesquieu est-il un penseur de la liberté ou un physicien de la société ?’’ Mais comment déterminer de quelle liberté il s’agit ? Alain Cambier répond en conduisant une enquête sur la liberté entendue comme le libre arbitre et cherche à montrer que cette détermination ‘‘invalide’’ toute interprétation positiviste de la pensée de Montesquieu. Après les lectures libérales, les lectures des républicains, et celles des révolutionnaires, nous avons ici une lecture métaphysique de Montesquieu. L’ouvrage est érudit, et le ton est convaincu.  Continuer la lecture de Montesquieu et la liberte