Archives par mot-clé : Crise de la représentation

Tempête sous les crânes progressistes

Nous avons changé d’époque et, désormais, s’ouvre le temps des incertitudes. Avec la guerre en Ukraine, nous sommes sortis d’une période de paix relative en Europe qui a duré plus de 75 ans et nous prenons conscience que les valeurs de respect du droit et de démocratie peuvent être brutalement piétinées. L’Union Européenne semble elle-même avoir été prise de court, tant elle a entretenu naïvement le dogme du libre échange et de la mondialisa-tion économique comme étant le meilleur garant de la paix. De même, nous percevons de plus en plus les effets délétères du dérèglement climatique sur nos modes de vie. Aussi, c’est la notion même de progrès qui est remise en cause : toute la conception sur laquelle les sociétés occidentales se sont développées depuis le XVIIIe siècle est aujourd’hui mise sur la sellette et la décroissance brandie comme solution… Bien plus, la croyance en un progrès des sciences et, plus globalement, de la raison est de plus en plus discréditée. Mais le vacillement des valeurs progressistes n’est pas seulement l’effet de coups de boutoir provenant d’impacts extérieurs : au sein des milieux progressistes, les désaccords, voire les conflits sont tels que le doute s’instille sur la nature des valeurs à défendre. En France, le camp des progressistes apparaît traversé de contradictions si profondes qu’il y perd ses repères.

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La crise de la politique institutionnelle

Tout indique, depuis les dernières consultations électorales, que la politique institutionnelle subit une crise aiguë. La désaffection qu’elle provoque se vérifie à la fois par la tentation de la contourner en votant aux extrêmes et surtout par l’abstention de plus en plus massive qu’elle suscite. A cela, il faut ajouter la défaite systématique des majorités sortantes, depuis vingt ans, qui confirme que les partis politiques qui incarnent les institutions semblent voués à l’échec. Il serait pour autant démagogique de voir dans ces phénomènes un rejet global de la politique au sens large. Voter pour un parti extrêmiste consiste le plus souvent à donner un sens protestataire à l’exercice de son droit civique ; s’abstenir volontairement et massivement de participer à une élection nationale doit être également interprété comme un événement politique qui témoigne de la crise de la représentation ; rejeter une majorité sortante correspond évidemment à une sanction politique significative. Aussi, ces trois phénomènes convergents ne sont pas le symptôme d’une nécessaire dépolitisation des citoyens, mais plutôt l’expression du rejet d’une certaine façon d’exercer la politique : en l’occurrence, celle de la politique institutionnalisée ou de la politique qui s’identifie avec les institutions.  Dès lors, derrière la prétendue crise de la politique, il nous faut plutôt discerner une crise plus profonde des institutions elles-mêmes.  Continuer la lecture de La crise de la politique institutionnelle