Archives par mot-clé : Mondialisation

Tempête sous les crânes progressistes

Nous avons changé d’époque et, désormais, s’ouvre le temps des incertitudes. Avec la guerre en Ukraine, nous sommes sortis d’une période de paix relative en Europe qui a duré plus de 75 ans et nous prenons conscience que les valeurs de respect du droit et de démocratie peuvent être brutalement piétinées. L’Union Européenne semble elle-même avoir été prise de court, tant elle a entretenu naïvement le dogme du libre échange et de la mondialisa-tion économique comme étant le meilleur garant de la paix. De même, nous percevons de plus en plus les effets délétères du dérèglement climatique sur nos modes de vie. Aussi, c’est la notion même de progrès qui est remise en cause : toute la conception sur laquelle les sociétés occidentales se sont développées depuis le XVIIIe siècle est aujourd’hui mise sur la sellette et la décroissance brandie comme solution… Bien plus, la croyance en un progrès des sciences et, plus globalement, de la raison est de plus en plus discréditée. Mais le vacillement des valeurs progressistes n’est pas seulement l’effet de coups de boutoir provenant d’impacts extérieurs : au sein des milieux progressistes, les désaccords, voire les conflits sont tels que le doute s’instille sur la nature des valeurs à défendre. En France, le camp des progressistes apparaît traversé de contradictions si profondes qu’il y perd ses repères.

Continuer la lecture de Tempête sous les crânes progressistes

Le nouvel ordre planétaire : l’empire postmoderne

Il est toujours difficile de lire dans le présent l’avenir qui se dessine. Car les hommes sont la plupart du temps plongés dans l’histoire sans savoir ce qu’ils font. La solution de facilité pour se repérer consiste à aller chercher des paradigmes du passé pour s’en servir comme grille de lecture des événements qui nous arrivent : on se condamne alors au psittacisme intellectuel. Pour sortir de cette impasse, nous disposons pourtant d’un précieux outil : il s’agit de l’ouvrage intitulé Empire, écrit par Antonio Negri et Michael Hardt, publié en 2000. Ces derniers s’emploient à penser le processus de constitution du nouvel ordre politique planétaire, en concomitance avec la mondialisation du capitalisme. La réalisation du marché mondial et la péréquation générale des taux de profit à l’échelle de la planète ne sauraient être le simple résultat de facteurs économiques, financiers ou monétaires : elles supposent une transformation des relations politiques, sociales et culturelles.  Continuer la lecture de Le nouvel ordre planétaire : l’empire postmoderne

La crise de la politique institutionnelle

Tout indique, depuis les dernières consultations électorales, que la politique institutionnelle subit une crise aiguë. La désaffection qu’elle provoque se vérifie à la fois par la tentation de la contourner en votant aux extrêmes et surtout par l’abstention de plus en plus massive qu’elle suscite. A cela, il faut ajouter la défaite systématique des majorités sortantes, depuis vingt ans, qui confirme que les partis politiques qui incarnent les institutions semblent voués à l’échec. Il serait pour autant démagogique de voir dans ces phénomènes un rejet global de la politique au sens large. Voter pour un parti extrêmiste consiste le plus souvent à donner un sens protestataire à l’exercice de son droit civique ; s’abstenir volontairement et massivement de participer à une élection nationale doit être également interprété comme un événement politique qui témoigne de la crise de la représentation ; rejeter une majorité sortante correspond évidemment à une sanction politique significative. Aussi, ces trois phénomènes convergents ne sont pas le symptôme d’une nécessaire dépolitisation des citoyens, mais plutôt l’expression du rejet d’une certaine façon d’exercer la politique : en l’occurrence, celle de la politique institutionnalisée ou de la politique qui s’identifie avec les institutions.  Dès lors, derrière la prétendue crise de la politique, il nous faut plutôt discerner une crise plus profonde des institutions elles-mêmes.  Continuer la lecture de La crise de la politique institutionnelle

Les limites du souverainisme

La mondialisation provoque à juste titre des craintes. Pour éviter que celle-ci se réduise à n’être que la suprématie de la puissance américaine sur l’ensemble de la planète, certains misent sur la construction de pôles économiques et politiques – comme l’Europe – capables de contrebalancer la seule superpuissance qui domine désormais le monde. Mais d’autres sont tentés par des solutions de repli plus archaïques : tel le souverainisme. Tirant son origine de l’organisation de nations s’excluant les unes les autres, il repose sur le culte de la puissance de l’Etat. Oubliant que son histoire a été marquée par la légitimation de la violence au nom de prétendus intérêts supérieurs, il veut se refaire aujourd’hui une virginité politique. Il nous faut pourtant rappeler ici qu’il n’offre qu’une conception réductrice de la politique et que l’identification qu’il établit entre la liberté et la souveraineté n’est qu’une mystification.  Continuer la lecture de Les limites du souverainisme