Quand le mur de Berlin tomba en 1989 et que le système soviétique s’effondra peu après, l’échec du communisme à l’Est apparut alors incontestable. Historiquement, ce bouleversement géopolitique donna raison aux héritiers réformistes et démocrates de Jaurès et de Kautsky contre les partisans d’une conception si dogmatique du socialisme qu’elle avait mené au totalitarisme. Or, cet événement ne permit pas au socialisme démocratique d’en tirer profit : non seulement nous avons assisté à l’émergence d’un ultralibéralisme conquérant, mais découvert que la social-démocratie se révélait incapable d’opposer une quelconque résistance au processus de globalisation économique et à ses effets pervers. Qu’ils soient désormais encore au pouvoir ou dans l’opposition, les partis sociaux-démocrates brillent par leur perte d’identité et leur impéritie relève autant d’idées fausses que d’une absence patente d’idées. Continuer la lecture de La crise de la social-démocratie
Echec à la médiacratie
Si le résultat du référendum du 29 mai dernier a pu surprendre, il paraissait pourtant objectivement prévisible. Déjà, le traité de Maastricht n’avait été approuvé, dans notre pays, que par une très courte majorité, et depuis tout concourait à enrayer la machine européenne : la grave stagnation économique de la zone euro, l’irresponsabilité avec laquelle avaient été effectués les derniers élargissements, les contradictions politiques majeures qui s’étaient manifestées entre les différents pays membres, etc. Or, le texte proposé en guise de constitution était loin de pouvoir relever le défi. Alors qu’il entretenait l’imprécision dans la définition des droits fondamentaux, il se voulait vétilleux dans sa volonté d’entériner des traités économiques qui avaient déjà montré leurs effets pervers. Bien plus, il substituait au projet d’une Europe de coopération sincère un principe interne de « concurrence non faussée » entre européens : drôle de constitution qui, au lieu de garantir une identité politique de l’Europe susceptible d’assurer sa puissance dans un monde multipolaire, tendait avant tout à donner des gages à la logique de la globalisation économique ! Un tel texte ne pouvait que cristalliser toutes les frustrations. Pour tenter néanmoins de le faire passer, les plus grands moyens médiatiques ont été mis en oeuvre : son rejet a signé aussi l’échec de la médiacratie. Continuer la lecture de Echec à la médiacratie
L’actualité de la SHOAH
L’année 2005 restera marquée par la solennité avec laquelle a été célébré le soixantième anniversaire de la libération des camps nazis. Loin d’appartenir à un passé révolu, la découverte de l’horreur du génocide perpétré au coeur de l’Europe continue de produire ses effets et nous n’en fi nissons pas de mesurer l’ampleur de la monstruosité qu’a été le nazisme. Malgré les tentatives des négationnistes, le temps écoulé souligne plutôt le caractère incomparable, indélébile et imprescriptible de ce crime absolu. Il a été aussi le temps nécessaire pour construire la mémoire de ce Trauma de l’histoire qu’il nous faut totalement assumer si nous voulons de nouveau aller de l’avant. Car il nous éclaire sur la tournure que pourrait prendre notre histoire future. Continuer la lecture de L’actualité de la SHOAH
La constitution européenne : un ovni de droit public ?
En 2005, nous serons sollicités pour avaliser ou non un projet de « Traité établissant une Constitution pour l’Europe ». Le coeur de la plupart d’entre nous a battu au rythme de la construction européenne : hantés par le fait que notre continent puisse avoir été, au XXème siècle, le théâtre de deux guerres mondiales et le berceau du totalitarisme génocidaire, nous y avons investi nos espérances de paix durable comme nos rêves d’une puissance politique capable d’ouvrir une voie nouvelle et de faire pièce à la superpuissance américaine. Mais si elle a permis le rapprochement entre des peuples qui furent longtemps ennemis, la construction européenne semble s’être effectuée également en creusant une distance entre ses instances de décision et les populations, engendrant ainsi un sentiment de déception. Aussi faut-il s’interroger sur la nature du projet qui nous sera soumis, pour savoir s’il est en mesure de pallier cette dérive ou s’il l’aggrave. Continuer la lecture de La constitution européenne : un ovni de droit public ?
La culture comme ultime ressource
Dans Notre musique – le dernier film de Jean-Luc Godard -, Mahmoud Darwich rappelle qu’il a manqué un poète aux Troyens : un anti-Homère, un aède qui aurait chanté la gloire des vaincus, plutôt que de n’en garder le souvenir qu’à travers le récit de l’aventure des Achéens. Le poète palestinien veut souligner combien la culture permet à la fois de témoigner et de résister. Un peuple peut perdre un combat, une guerre, parfois même son pays, mais tant qu’il arrive encore à se dire culturellement, il ne pourra disparaître : il restera inexterminable. Son chant est capable de surmonter les humiliations et d’ouvrir de nouveaux horizons. La culture demeure l’ultime ressource des vaincus, des exclus, des damnés de la terre. Continuer la lecture de La culture comme ultime ressource
Ne nous voilons pas la face !
Dans le passé, notre pays a payé un lourd tribut au fanatisme religieux. L’Etat a eu pour rôle essentiel de mettre fin à la violence induite par les aveuglements de la foi. D’une manière générale, la religion est souvent apparue comme un facteur de régression sociale : la femme a été particulièrement victime des préjugés entretenus par la Bible. Pourtant, faire du voile une affaire d’Etat peut sembler à la fois disproportionné et déplacé. L’accès à l’instruction devrait être considéré comme prioritaire pour espérer voir des jeunes filles s’émanciper. Il ne faudrait pas qu’en s’agitant autour d’un foulard nous passions à côté de problèmes plus profonds. Le recours à la loi n’entretient-il pas la confusion entre légalité et légitimité ? Ne prend-on pas le risque de répondre à l’intolérance par une autre intolérance – fût-elle républicaine ? Continuer la lecture de Ne nous voilons pas la face !
De la providence à la nécessité aveugle
« La vie n’est pas l’affaire des politiques » : la formule est heureuse, si elle signifie que chacun doit rester maître de sa destinée ; mais dans la bouche d’un chef de gouvernement qui se réclame du libéralisme, elle renvoie à une idéologie politique dont l’objectif est de limiter l’interventionnisme de l’Etat. Pour la logique libérale, l’émancipation des individus suppose que l’on cesse de compter sur le rôle providentiel de l’Etat. Pourtant, il ne s’agit peut-être encore ici que d’un mirage : moins d’Etat ne signifie pas mécaniquement plus de libertés individuelles. Loin d’être une idéologie de la liberté, le néo-libéralisme sert plutôt à justifier notre soumission à la nécessité aveugle de la mondialisation économique. Continuer la lecture de De la providence à la nécessité aveugle
Henri Maldiney et la dimension pathique de l’existence
La philosophie fait souvent de l’ataraxie – c’est-à-dire de l’absence de trouble – le modèle même de la sagesse. Dès lors, les émotions seraient discréditées puisqu’elles nous perturbent et nous trahissent. Pourtant, l’originalité de Maldiney consiste au contraire à montrer que l’absence d’émotions serait plutôt un symptôme morbide. Il serait réducteur de faire de l’émotivité un simple trait de caractère plus ou moins partagé comme lorsqu’on parle de quelqu’un d’impressionnable : la disposition aux émotions est la marque, au contraire, de notre être-au-monde. De même, distinguer laborieusement l’émotion du sentiment et de la passion risque de manquer l’essentiel : l’émotion révèle notre affectivité et celle-ci constitue une attitude existentielle primordiale. Continuer la lecture de Henri Maldiney et la dimension pathique de l’existence
Le nouvel ordre planétaire : l’empire postmoderne
Il est toujours difficile de lire dans le présent l’avenir qui se dessine. Car les hommes sont la plupart du temps plongés dans l’histoire sans savoir ce qu’ils font. La solution de facilité pour se repérer consiste à aller chercher des paradigmes du passé pour s’en servir comme grille de lecture des événements qui nous arrivent : on se condamne alors au psittacisme intellectuel. Pour sortir de cette impasse, nous disposons pourtant d’un précieux outil : il s’agit de l’ouvrage intitulé Empire, écrit par Antonio Negri et Michael Hardt, publié en 2000. Ces derniers s’emploient à penser le processus de constitution du nouvel ordre politique planétaire, en concomitance avec la mondialisation du capitalisme. La réalisation du marché mondial et la péréquation générale des taux de profit à l’échelle de la planète ne sauraient être le simple résultat de facteurs économiques, financiers ou monétaires : elles supposent une transformation des relations politiques, sociales et culturelles. Continuer la lecture de Le nouvel ordre planétaire : l’empire postmoderne
La représentation en question
La désaffection vis-à-vis de la politique telle qu’elle est menée aujourd’hui se traduit par une méfiance accrue vis-à-vis de ceux qui prétendent agir au nom du peuple. Les prérogatives qu’ils s’accordent volontiers semblent d’autant plus contestables qu’elles sont souvent proportionnelles à l’impuissance dont ils font preuve pour traiter les problèmes institutionnels, sociaux et économiques rencontrés par les citoyens. En un mot, le peuple ne se reconnaît plus dans ses représentants. La défiance qui s’est installée condamne même certains à entreprendre des actions spectaculaires et désespérées pour défendre leurs intérêts. Bien plus, des forcenés n’hésitent pas à user de la violence aveugle contre des élus pris pour des boucs-émissaires. Il serait pourtant naïf de ranger ces phénomènes dans la rubrique des faits divers : ils constituent le symptôme d’un malaise grandissant. De tels comportements criminels ne peuvent que jeter l’effroi et souligner l’ampleur d’un malentendu. Car, la représentation est une procédure fondamentale de l’action politique. Prétendre s’en passer ne pourrait entraîner qu’une régression vers des méthodes nihilistes. Il s’agit donc de faire la part des choses entre ceux qui aspirent à redonner du sens à la représentation et les irresponsables qui prétendent jeter le bébé avec l’eau du bain. Il faut cesser de considérer la représentation comme un blanc-seing accordé à quelques-uns, mais en même temps repenser les fondements de sa légitimité. Continuer la lecture de La représentation en question