Archives mensuelles : juin 2026

Les « lumières sombres » de la néo-réaction

Assistons-nous à un basculement irréversible des temps ? Les démocraties sont aujourd’hui directement menacées par une internationale réactionnaire dont le centre de gravité se situe désormais aux Etats-Unis. Car s’il a été élu en 2016 grâce au soutien de l’alter right se réclamant d’un national-populisme représenté par Steve Bannon et Richard Spencer, Donald Trump doit surtout sa réélection en 2024 aux tenants de la néo-réaction et à ses théoriciens. Autant ses propos erratiques peuvent étonner, autant ceux-ci ne masquent pas que son projet politique a gagné en structuration idéologique pour remettre en question les fondements de la démocratie américaine. Ainsi, un ingénieur du nom de Curtis Yarvin, auto-promu « conseiller du prince », est présenté comme l’égérie de la réactualisation théorique de la réaction. Or, ce projet néo-réactionnaire prétend également avoir une ambition internationale et vise plus particulièrement à déstabiliser les démocraties européennes. Le discours de Munich qu’a tenu en 2024 le vice-président Vance a été révélateur : pour lui, la menace en Europe ne serait pas la Russie, mais la destruction de la civilisation par le progressisme culturel. En 2022, Curtis Yarvin appelait déjà, sur son blog, à « donner carte blanche à la Russie sur toute l’Europe ». L’internationale réactionnaire n’hésite pas à se compromettre avec un régime autocratique et post-totalitaire pour mener une croisade viscérale contre la démocratie en Europe. Face à cette réinitialisation radicale de l’idéologie réactionnaire, le défi est non seulement politique, mais aussi intellectuel.

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La renaturation- revitalisation de la ville

Le développement proliférant des villes est l’exemple emblématique d’une dénaturation insoutenable. Aussi, leur renaturation est un impératif qui nous oblige à prodiguer tous les efforts nécessaires pour rétablir la place de la nature dans la ville. Mais le concept même de « nature » est devenu lui-même suspect, en raison de ses ambiguïtés. D’un point de vue philosophique, il présente une trop grande labilité sémantique. En outre, dans les courants écologiques actuels, cette notion ne fait plus l’unanimité : elle a formé avec la notion de culture un « couple dysfonctionnel » qui entretient nécessairement l’idée d’un dualisme radical et en fait une réalité radicalement étrangère à l’homme. Enfin, elle peut être un totem des idéologies réactionnaires quand on en vient à postuler une hiérarchie raciale au nom d’une « biodiversité humaine ». Ainsi, des auteurs contemporains comme P. Descola, B. Latour ou B. Morizot lui substituent la notion de « vivant » qui serait le trait d’union commun à tous les êtres vivants sur Terre. Rappelons que la notion de nature connote étymologiquement celle de vie : en grec, « phusis » vient du verbe « phuein » qui signifie « croître, engendrer » ; en latin, « natura » vient du verbe « nascor » et renvoie à la profusion des naissances, à l’élan de la vie. Dès lors, la renaturation équivaut avant tout à une revitalisation de la ville. Car sa fuite en avant dans l’artificialité relève du mirage mortifère faisant accroire que l’on pourrait s’épanouir en rompant le cordon ombilical nous amarrant au milieu ambiant. Mais si la renaturation de la ville doit être entendue comme une revitalisation, celle-ci ne peut se contenter de rétablir la place du vivant organique en son cœur : elle implique également de se soucier du vécu de ses habitants, sans cesse confrontés au caractère exogène des artefacts urbains. Aussi faut-il distinguer deux types complémentaires de renaturation : l’une métabolique consistant à rétablir au sein de la ville un continuum d’interactions entre l’homme et la nature organique, l’autre à enjeu étho-politique fondée sur une nouvelle façon d’habiter sa ville, de nouvelles pratiques sociales, de nouveaux habitus économiques et juridiques. Ainsi, la renaturation de la ville relève d’un écocentrisme réfléchi plus que d’un biocentrisme simpliste.

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