Archives par mot-clé : Hannah Arendt

La parole est-elle totalement libre dans l’espace public ?

Est-il légitime de s’exprimer sans retenue dans l’espace public ? Sous prétexte de liberté d’expression, peut-on justifier l’injure publique et les propos diffamatoires dans les réseaux sociaux ou dans certains médias complaisants ? Dans son dernier ouvrage, Olivier Beaud met en garde : «Aucune liberté n’est absolue; toute liberté rencontre des limites, y compris la liberté d’expression». Car souvent, à travers les personnes visées par la violence verbale, ce sont les institutions républicaines elles-mêmes qui se trouvent menacées, au nom d’une conception populiste de la démocratie. Mais inversement, vouloir fixer des limites ne revient-il pas à instaurer un délit d’opinion? La République peut-elle se défendre sans trahir ses principes?

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De la post-politique à la pré-politique

La critique de la post-politique est désormais un passage obligé pour ceux qui, dans la « gauche radicale », veulent en finir avec la « démocratie libérale ». Dans L’illusion du consensus, Chantal Mouffe a prétendu fournir un argumentaire de fond pour étayer cette dénonciation du « Zeitgeist post-politique » : en l’occurrence, la recherche du consensus en démocratie, au-delà du clivage entre droite et gauche. Or, cette recherche du consensus est l’objet de critiques convergentes de la part de l’extrême droite… Paradoxalement, les références théoriques invoquées par C. Mouffe entretiennent cette tendance au confusionnisme idéologique. Bien plus, en stigmatisant la post-politique, ses analyses justifient plutôt une régression dans la pré-politique.

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Post-vérité : la raison du plus fou

Tribune supplément idées dans le journal « Le Monde » du 21/01/2017 (page 6) : Parce qu’elle témoigne  d’une dénégation pathologique des faits, la post-vérité est le creuset de tous les négationnismes.

La « post-­vérité » est synonyme de bullshitting, de l’art de « dire des foutaises », parce qu’elle discrédite le fact checking, la vérification des faits. Elle révèle ce qu’avait déjà pointé Hannah Arendt, dans un texte intitulé « Vérité et politique » : la vulnérabilité des vérités de fait. Alors que les vérités de raison – comme les démonstrations mathématiques – semblent s’imposer de manière nécessaire, il n’en est pas de même des vérités de fait. Les vérités de raison possèdent en elles un élément de coercition qui leur fait résister à toute tentative de remise en question arbitraire. En revanche, l’autre type de vérité y semble plus exposé.

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La représentation en question

La désaffection vis-à-vis de la politique telle qu’elle est menée aujourd’hui se traduit par une méfiance accrue vis-à-vis de ceux qui prétendent agir au nom du peuple. Les prérogatives qu’ils s’accordent volontiers semblent d’autant plus contestables qu’elles sont souvent proportionnelles à l’impuissance dont ils font preuve pour traiter les problèmes institutionnels, sociaux et économiques rencontrés par les citoyens. En un mot, le peuple ne se reconnaît plus dans ses représentants. La défiance qui s’est installée condamne même certains à entreprendre des actions spectaculaires et désespérées pour défendre leurs intérêts. Bien plus, des forcenés n’hésitent pas à user de la violence aveugle contre des élus pris pour des boucs-émissaires. Il serait pourtant naïf de ranger ces phénomènes dans la rubrique des faits divers : ils constituent le symptôme d’un malaise grandissant. De tels comportements criminels ne peuvent que jeter l’effroi et souligner l’ampleur d’un malentendu. Car, la représentation est une procédure fondamentale de l’action politique. Prétendre s’en passer ne pourrait entraîner qu’une régression vers des méthodes nihilistes. Il s’agit donc de faire la part des choses entre ceux qui aspirent à redonner du sens à la représentation et les irresponsables qui prétendent jeter le bébé avec l’eau du bain. Il faut cesser de considérer la représentation comme un blanc-seing accordé à quelques-uns, mais en même temps repenser les fondements de sa légitimité. Continuer la lecture de La représentation en question

Les limites du souverainisme

La mondialisation provoque à juste titre des craintes. Pour éviter que celle-ci se réduise à n’être que la suprématie de la puissance américaine sur l’ensemble de la planète, certains misent sur la construction de pôles économiques et politiques – comme l’Europe – capables de contrebalancer la seule superpuissance qui domine désormais le monde. Mais d’autres sont tentés par des solutions de repli plus archaïques : tel le souverainisme. Tirant son origine de l’organisation de nations s’excluant les unes les autres, il repose sur le culte de la puissance de l’Etat. Oubliant que son histoire a été marquée par la légitimation de la violence au nom de prétendus intérêts supérieurs, il veut se refaire aujourd’hui une virginité politique. Il nous faut pourtant rappeler ici qu’il n’offre qu’une conception réductrice de la politique et que l’identification qu’il établit entre la liberté et la souveraineté n’est qu’une mystification.  Continuer la lecture de Les limites du souverainisme

Le dépérissement de la raison d’état

Au nom de la raison d’Etat, les droits des personnes peuvent être bafoués impunément. La politique ne peut retrouver sa crédibilité qu’en s’abstenant désormais de s’y référer. Mais s’agit-il d’une simple variante de l’abus de pouvoir ou d’une dérive propre à l’Etat lui-même ? La propension de ce dernier à prétendre détenir le monopole de la raison contre les individus paraît de moins en moins supportable. Car le citoyen a ses raisons que l’Etat ne peut plus se permettre d’ignorer.  Continuer la lecture de Le dépérissement de la raison d’état

La ville : espace et liberté

”L’air de la ville rend libre” : le vieil adage médiéval résonne aujourd’hui de manière provocatrice. Pour beaucoup, la ville est devenue symbole d’aliénation. Quant à son air, il connote désormais l’idée de pollution… Les vertus de la ville ne semblent plus susciter que le doute.  Continuer la lecture de La ville : espace et liberté